Vous l’avez peut-être remarqué : les éditeurs francophones, et plus largement occidentaux, s’intéressent de plus en plus à la bande dessinée taïwanaise, appelée manhua comme en Chine. Si les deux partagent la même langue, la production taiwanaise se distingue toutefois par une identité culturelle propre à l’île et liée à son histoire : 50 ans d’occupation japonaise, suivie par une dictature qui n’a eu de cesse de censurer un médium jugé décidément trop libre dans son expression.
Aujourd’hui, peu de pays reconnaissent Taiwan en tant qu’Etat et l’île fait face à la pression croissante de Pékin qui rêve d’une réunification. Dès lors, à l’image de la Hallyu (ou K-wave) sud-coréenne, la production culturelle taiwanaise devient un moyen d’affirmer une identité propre et de la faire rayonner à l’international. Les œuvres mettent ainsi souvent en avant l'histoire, les langues, les traditions et les expériences spécifiques de l'île.
En vérité, nous serions même tentés d’affirmer que le manhua taiwanais est plus proche de la BD franco-belge que du manga japonais et du manhwa coréen, en tous cas dans le paysage des traductions francophones. D’abord par le contenu dont les thématiques couvrent un large éventail de genres: récits historiques, enquêtes inspirées du taoïsme, chroniques urbaines, science-fiction, fantastique ou encore autobiographies. Mais aussi dans la forme, souvent proche du roman graphique et du reportage dessiné, des genres particulièrement prisés par les éditeurs européens.
Dans la pratique, l’exportation des œuvres taiwanaises est largement facilitée (à l’instar de ce qui se fait en Corée du sud) par un important soutien public. Créée en 2019, la Taiwan Creative Content Agency (TAICCA) finance notamment la traduction des œuvres et leur promotion auprès des éditeurs étrangers. Présente dans la plupart des grands salons du livre en francophonie (FIBD d’Angoulême, Foire du Livre de BXL, etc.), elle a pour mission de promouvoir l’industrie du contenu culturel taïwanais à l’échelle internationale en faisant connaître (et reconnaître) les auteurs taïwanais auprès de leurs pairs, des éditeurs et bien sûr du grand public.
Tout cela fait de Taiwan un écosystème créatif particulièrement dynamique, composé d'auteurs indépendants, d'éditeurs spécialisés, de plateformes de diffusion et de festivals. C’est aussi un formidable vivier d’ œuvres prêtes à conquérir nos bibliothèques et nos cœurs !








