samedi 18 avril 2020

Trois générations de mangakas

Les pères fondateurs
Fin des années 50 naît le mouvement « Gekika ». Celui-ci optait pour une approche résolument adulte du manga en marge du travail de ses prédécesseurs. Le Gekiga sera le lieu de récits tantôt sociaux, tantôt intimistes, parfois expérimentaux, souvent dramatiques. Parmi les auteurs phares, nous citerons Mizuki (« Hitler »), Tezuka (« MW », « Ayako »), Shirato (« Kamui Den »), Tsuge (« L’homme sans talent »), Kamimura (« La plaine du Kantô »)…
« L’école emportée » de Kazuo Umezu
Une école primaire ainsi que tous les élèves sont inexplicablement transportés dans un futur proche et Tokyo n’est plus qu’un vaste désert hostile. Plongés dans ce cauchemar éveillé, les enfants n’ont d’autre choix que d’entamer une lutte impitoyable pour leur survie… Tant graphiquement que narrativement, « L’École emportée » est une histoire ambitieuse et captivante dans laquelle Umezu ne craint pas de mélanger différents genres de récit (horreur, science-fiction, sociopolitique, aventure…). (Philippe)
Autres titres d’Umezu chroniqués: « La maison aux insectes », « Le vœu maudit » et « Je suis Shingo »
« Rien ne fera venir le jour »  de Yoshihiro Tatsumi
Dans le Japon d’après-guerre, l’heure est à l’optimisme forcé et le manga se veut également le reflet de cet éloge de la modernité et de la foi en l’avenir. Mais Tatsumi ne partage pas cet enthousiasme : « La société s’enrichissait mais paradoxalement, ce n’était pas le cas autour de moi, où les gens restaient démunis. Nous vivions en marge de ces bouleversements sociaux, coincés dans la misère ». Tout comme dans « Cette ville te tuera », les personnages de « Rien ne fera venir le jour » sont des Japonais marginalisés et déboussolés. Des hommes, des femmes et des enfants, esclaves de leurs pulsions, aliénés par une société sans coeur, sans âme et dont les relations et les sentiments sont détruits et engloutis dans de grands centres urbains déshumanisés. Décédé en 2015, Tatsumi nous laisse en héritage un portrait intense et sans pitié de la société humaine, de ses travers honteux, ses paradoxes et ses espoirs. Une œuvre remarquable et indispensable compilée en plusieurs volumes par Cornélius. (Philippe)
L’Âge d’Or
Le miracle économique japonais pendant trois décennies (années 1960, 1970, et 1980) permet l’émergence d’un nombre incroyable de mangas à succès : de «Dragon Ball» (Toriyama) à «Monster» (Urasawa) en passant par «Akira» (Ōtomo) et «Ranma 1/2» (Takahashi), le Manga déferle sur le monde entier.
« Le vagabond de Tokyo » de Takashi Fukutani
Dans les années 80, le Japon connaît un extraordinaire boom économique mais Yoshio Hori, célibataire fainéant et obsédé notoire, n'en profite pas. Il alterne les petits boulots, ne se nourrit que de nouilles lyophilisées et occupe une chambre miteuse dans la résidence Dodukami... « Le vagabond de Tokyo » nous dévoile le portrait touchant et plein d'humour de ce "loser magnifique" mais également de toute la faune des bas quartiers de la capitale japonaise (hôtesses de bar, yakusas minables, ouvriers, travestis...) restée en marge du miracle économique nippon. Si le récit est d'inspiration autobiographique, Fukutani nous livre avant tout une chronique déjantée et satirique de la société japonaise et de l'envers de son décor. Jubilatoire! (Philippe)
« Amer Béton »  de Taiyô Matsumoto
Décor urbain à la fois fictif et d’un réalisme percutant, Takara est un personnage en soi, une ville grouillante et organique que Noiro et Blanko, deux gamins des rues déroutants et fantasques, chérissent et protègent. Ils sont la véritable âme de la ville, « ce qui relie tout ». Quand Le Serpent, un étrange et cruel chef de gang cherche à prendre le contrôle de la cité, une lutte sans merci s’engage! « Amer Béton » frappe d’emblée par la richesse de son univers graphique, son trait « tremblé », presque déformé et la profusion de détails. A la croisée du mythe occidental de Peter Pan et de la symbolique du Tao, Matsumoto a construit une œuvre multiple, forte et initiatique autour de la relation singulière entre ces deux enfants perdus qui ne veulent pas grandir. Un manga culte à la portée universelle et intemporelle!! (Philippe)
Mais aussi, du même auteur: « Sunny» et « Le rêve de mon père»
La nouvelle génération
Nous manquons encore de recul pour nommer avec certitudes les auteurs qui resteront. Toutefois, nous citerons quand même Kiriko Nananan (« Blue ») et  Kan Takahama (« l’Eau Amère », « L’Amant ») qui s’inscrivent dans le mouvement « La Nouvelle Manga » créé par Frédéric Boilet en 2001. Et si vous nous suivez régulièrement, vous n’êtes pas sans savoir que nous sommes de grands « supporters » d’Inio Asano.
« Errance » d’Inio Asano
Après 8 années de travail continu, le mangaka Fukazawa vient de terminer sa série à succès. A l’heure d’entamer un nouveau projet, il se retrouve face à la page blanche de sa propre vie, jusqu’ici entièrement et exclusivement dévouée aux mangas. Ses questionnements cyniques sur le sens du succès et son rapport à la création l’isolent petit à petit de son entourage. Après les errances des adolescents et des jeunes adultes, Inio Asano aborde frontalement la crise de la quarantaine et en filigrane celle d’un modèle économique tyrannique dans lequel il ne se reconnaît plus. Sous forme d’auto-fiction, «Errance» témoigne du métier de mangaka dans une société entièrement assujettie à la réussite et aux réseaux sociaux. Bouleversant! (Pascal)
« The Promised Neverland »  de Kaiu Shirai et Posuka Demizu
A l’orphelinat Grace Field House, la jeune Emma est appréciée de tous pour son dynamisme et sa gentillesse. Avec Norman et Ray, aussi intelligents que débrouillards, elle est l’une des « leaders » de la petite communauté d’enfants dirigée par « Maman », la douce directrice de l’institut. Rien ne semble pouvoir perturber ce bonheur parfait jusqu’au jour où Emma et Norman découvrent, par hasard, un ignoble secret... L’orphelinat n’est en réalité qu’un élevage, une réserve de chair humaine destinée à des démons auxquels Maman livre régulièrement des enfants en pâture ! Alors que leur monde idyllique s’effondre littéralement sous leurs pieds, Emma, Norman et Ray comprennent qu’ils n’ont plus d’autre choix que de fuir pour survivre ! Si le rythme trépidant est typique d’un shonen,  « The Promised Neverland » se distingue par un récit énigmatique, tendu et déroutant. Trahison, retournements de situation, cruauté et manipulation, les premiers tomes de « The Promised Neverland » constituent un très bon thriller psychologique et fantastique !  (Philippe)


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